Jorge Camarotti

Né à Sao Paulo, au Brésil, Jorge amorce son parcours artistique au lycée d’arts visuels à 14 ans. Très jeune, il sent le besoin de raconter des histoires à travers ses œuvres. Sitôt ses études terminées, il amorce une carrière en publicité pour ensuite œuvrer en photographie. En 2003, il s’installe à Montréal où il apprend l’anglais et le français simultanément.
Au fil des 15 années où il travaille comme photographe professionnel, ses clichés sont publiés partout dans le monde. En 2017, il publie Les Chroniques du Mile-End (Éditions Cardinal), un livre de photographies; ce projet d’envergure, sur lequel il a planché durant plus de dix ans, regroupe des centaines de photos et de textes et compte en tout plus de 200 pages.
Son parcours lui a aussi permis de se rapprocher de sa première passion : le cinéma. Une formation en scénarisation à l’Université de Montréal lui permet d’explorer davantage ce langage des images en mouvement.Il décide d’apprivoiser davantage le rôle de comédien pour renforcer son approche comme réalisateur. Dans cette optique, il s’inscrit à une école d’art dramatique menée par Jacqueline McClintock (Neighborhood Playhouse, à New York).
Pendant deux ans il consacre son temps à cette formation. Une véritable thérapie. Ce travail intime auprès des comédiens lui permet de se découvrir avec encore plus de profondeur. Plus cette introspection se poursuit, plus l’aisance pour l’écriture et l’expression de soi par son art grandit chez lui. C’est à ce moment qu’il conçoit l’un de ses plus récents projets, Kinship. Soutenu par la SODEC, et produit par François Delisle et Maxime Bernard (Films 53/12), son film a fait la tournée des festivals. Film primé et sélectionné dans plus d’une dizaine de festivals, incluant le renommé Palm Springs International film festival, et nominée aux Prix de l’Académie canadienne du Cinéma et de la télévision 2020. Jorge prépare en ce moment le tournage de son prochain film Ousmane.

  • Kindship, court-métrage de fiction, prod. Films 53/12, 2018.
  • Exhibitionists épisodes sur Aurelie Guillaume, Jim Holyoak & Matt Shane, Kristian North &  Richard Lawson, court-métrages documentaires, prod. CBC, 2018
  • Art Hurts : Hilary Jane, court-métrage documentaire, prod. CBC, 2018.
  • Coach Jeff, court-métrage documentaire, prod. Good neighbours, 2017.
  • L’immortel, Dany Laferrière, court-métrage documentaire, prod. Kazak/Triptyque, 2015.
  • Good Neighbours, ep. 1, court-métrage documentaire, prod. Outan, 2015.
  • 165 days, court-métrage de fiction, prod. La Cavalerie, 2012.

 


#MAINARTIST

Notre organisme est un centre d’artistes engagé à soutenir sa communauté dans son ensemble, sans aucune distinction, dans la création cinématographique indépendante.

Notre force ce sont nos membres. Ils constituent notre essence même.

Suite aux événements récents, il nous est apparu comme essentiel de leur offrir une place afin qu’ils expriment leur ressenti face aux discriminations qu’ils vivent de par leur couleur de peau, leurs origines, leur orientations sexuelle, leur genre, et partagent leurs réflexions face à ce drame sociétal que constitue toutes formes de rejet de l’autre.

Chaque mois, Main Film donnera la parole à ses membres pour qu’ils vous partagent leurs réflexions sur les discriminations auxquelles ils font face. 

Notre quatrième artiste à contribuer est Jorge Camarotti.

#MainArtist #ArtisteImportant

Car ce sont les artistes qui portent à la fois le rôle de représenter la société et de la faire évoluer.


❝  La pandémie a créé de l’espace pour que les gens voient la vie d’une nouvelle façon. Avant on disait : “C’est normal, c’est comme ça que les choses fonctionnent.” Mais qu’est ce que ça veut dire au juste “normal” ?
Depuis mon jeune âge j’ai remarqué que notre société avait une certaine façon de fonctionner. Quand je suis rentré au lycée d’art de Sao Paulo au Brésil, nous étions juste deux noirs parmi 300 élèves, mais cela ne semblait choquer personne. Donc moi non plus, je n’ai pas trouvé cela “hors norme”. Plus tard, à l’université en design industriel, j’étais le seul noir. Et c’est à ce moment-là que j’ai entendu pour la première fois l’expression “minorité visible”. Pourtant à l’extérieur de ce contexte intellectuel et artistique, je voyais que nous étions plutôt une majorité. Donc, je n’ai jamais voulu utiliser ce terme. Cette expression de “minorité visible” sert seulement à garder le status quo tel qu’il est. J’ai toujours refusé de croire que j’étais hors-norme, mais je me sentais quand même avoir une double responsabilité : celle de réussir, pour moi et ma famille, mais aussi pour cette “minorité” que je représentais.
Depuis quelques années je me demande pourquoi ce phénomène se répète autant. En réfléchissant sur mon rapport à ma carrière comme photographe, et maintenant comme cinéaste, j’ai compris que s’exprimer librement implique d’être accompagné par un entourage et un réseau qui vous soutient, afin que l’on puisse se sentir libre dans son art et surtout vis-à-vis de soi-même.
Cette liberté est indéniablement une forme de privilège. Un privilège qui n’est donc pas accessible à tout le monde. Je suis conscient que par le passé j’ai fait des choix dans ma carrière qui étaient liés à cette peur d’échouer quelque chose. Mais le cinéma m’a permis de briser cette peur d’illégitimité dans mon art. Mais cela n’a pas été facile. C’est grâce à mon entourage, qui m’a apporté son soutien, et grâce à l’appui de ma famille et de mes amis, que j’ai pu me libérer de cette pression de réussir et de rencontrer le succès à tout prix.
L’expression “minorité visible” ne devrait plus être utilisée, car elle ne reflète pas la réalité de notre société. Malheureusement, nous sommes encore “une minorité” lorsque qu’il s’agit d’égalité des chances, de poste à responsabilités, de représentation dans les arts et sur nos écran, autant à la télé qu’au cinéma. En tant que société nous devons créer de l’espace pour que cette majorité puisse en faire partie. Nous nous sommes habitués à vivre dans une société ou “une minorité” tient le pouvoir de décision pour la majorité et cela ne devrait plus être “normal”.
Tous les excuses sont bonnes quand on essaye de justifier le manque d’un bassin de talents au sein de cette société, quand en réalité, le talent est déjà là, mais que ce sont toujours les mêmes qui ont l’opportunité de le développer.
« Talent is equally distributed, opportunity is not. » Leila Janah – Un talent ne peut exister sans opportunité.  
Jorge


soutien aux cinéastes indépendants