Vincent Toi

Né à l’Ile Maurice, Vincent Toi est un réalisateur et un designer récompensé de nombreuses fois. Son travail de cinéaste aborde le thème des structures de pouvoirs qui régissent les communautés colonisées. Ses films ont été projetés dans des festivals tels que la Berlinale, le Toronto International Film Festival et Hot Docs. Vincent a également travaillé avec l’Artist Institute en partenariat direct avec les communautés d’Haïti pour créer des voies de sortie de la pauvreté en élargissant l’accès à l’éducation et en offrant une formation dans les industries créatives.

  • I’ve Seen the Unicorn, long métrage documentaire, 2014
  • The Crying Conch, court métrage de fiction, 2017
  • Aniksha, court métrage de fiction, 2020

 

Son site


#MAINARTIST

Notre organisme est un centre d’artistes engagé à soutenir sa communauté dans son ensemble, sans aucune distinction, dans la création cinématographique indépendante.

Notre force ce sont nos membres. Ils constituent notre essence même.

Suite aux événements récents, il nous est apparu comme essentiel de leur offrir une place afin qu’ils expriment leur ressenti face aux discriminations qu’ils vivent de par leur couleur de peau, leurs origines, leur orientations sexuelle, leur genre, et partagent leurs réflexions face à ce drame sociétal que constitue toutes formes de rejet de l’autre.

Chaque mois, Main Film donnera la parole à ses membres pour qu’ils vous partagent leurs réflexions sur les discriminations auxquelles ils font face. 

Notre huitième artiste à contribuer est Vincent Toi.

#MainArtist #ArtisteImportant

Car ce sont les artistes qui portent à la fois le rôle de représenter la société et de la faire évoluer.


❝  Un de mes amis m’a dit d’arrêter de m’appeler un « immigrant », que personne n’avait besoin de savoir d’où je venais. Il m’a dit qu’une telle déclaration m’affaiblissait et donnait une mauvaise impression de moi aux autres. Immigré lui-même, j’ai compris dans ses paroles la façon dont il faut effacer qui nous sommes et l’enfouir profondément. Cacher aux yeux de tous cette personne avec une façon de parler différente, avec une couleur de peau qui rappellent à tout le monde d’où elle vient, cette personne pleine d’altérité, qui à travers les marées du destin s’est retrouvée parmi des étrangers.
J’adore ces inconnus, ils ont été gentils avec moi. Je sais que si je joue mon rôle, j’aurai une place parmi eux. Ils autoriseront une place à la table pour «l’immigrant pauvre», «l’immigrant bon marché», «l’immigrant paresseux», «le bon immigrant», et j’étais un bon.
Au fil des années, pendant lesquelles j’ai appris à m’éloigner de moi-même, et alors que l’affrontement entre mes deux mondes se déroulait hors de vue, je n’ai jamais eu un mot déplacé, de peur d’être vu comme «l’immigré ingrat».
Pendant de nombreuses années, j’ai assumé consciencieusement le rôle qui m’a été confié, jusqu’au jour où j’ai pensé que j’étais l’un d’entre eux. Ce jour-là, ce qui m’a été donné a été aussitôt repris. On m’a rappelé que je ne serai jamais l’un d’eux. Je ne leur en veux pas, peut-être parce que ce qui m’a été donné ce n’était pas à eu de me le donner en premier lieu et que ce qui m’a été pris était bien trop profond pour m’être enlevé.
Dire que je suis immigré, c’est me demander d’être courageux, de voir que les frontières existent entre les gens. De voir que ce n’est qu’une fine couche de peau qui nous sépare les uns des autres. Dire que je suis immigré, c’est aussi avoir foi dans l’impossible tâche du projet Humain, que nous commencerons petit à petit, avec compassion, surtout dans les moments où nous échouons à voir qui est vraiment notre prochain.
Vincent


soutien aux cinéastes indépendants