Hind Benchekroun

La #MainArtist du mois de septembre, Hind Benchekroun nous invite à réfléchir à l’identité, à l’appartenance et aux cases dans lesquelles on cherche à nous enfermer. À travers son parcours, Hind explore les tensions entre Ici et Ailleurs, et puise dans cette quête d’un « chez soi » une inspiration qui traverse son œuvre documentaire et ses nouveaux projets de fiction. En plus de sa contribution au forum #MainArtist, Hind, finissante de notre programme PRISME, se joint actuellement à l’équipe de Main Film dans le cadre de la Résidence en Développement du programme, en partenariat avec le FMC et Téléfilm, au cours de laquelle elle développe son prochain projet de fiction!

Hind Benchekroun est une réalisatrice et productrice d’origine marocaine qui travaille dans le milieu du documentaire depuis une vingtaine d’années. Elle a acquis son expérience professionnelle au Québec avec Les Films de l’Isle, l’Office National du film du Canada et Productions Multi-Monde avec qui elle a collaboré sur de nombreux films.

En 2009, elle fonde sa compagnie Les films de la tortue avec Sami Mermer. Ensemble, ils produisent et coréalisent trois long-métrages documentaires : Xalko, Iris du meilleur long-métrage documentaire en 2020; Callshop Istanbul, doublement nominé pour l’Iris du Meilleur film Documentaire et Meilleur montage au Gala Québec Cinéma en 2016; et Les Tortues ne meurent pas de vieillesse, qui remporte le Grand Prix du Festival international de Tétouan en 2012. Les trois films ont été primés et sélectionnés dans plusieurs festivals internationaux.

À un point tournant de sa carrière, Hind effectue actuellement un virage en fiction, en développant des projets qui sont écrits et réalisés par Sami Mermer dont Bisko et Je me souviens. Parallèlement, elle travaille sur son propre film à titre de réalisatrice, 10 km par jour, qui sera tourné au Maroc.


Filmographie

  • Xalko (2018, 100 min), coréalisation avec Sami Mermer
  • Callshop Istanbul (2016, 89 min), coréalisation avec Sami Mermer
  • Les tortues de meurent pas de vieillesse (2011, 92 min), coréalisation avec Sami Mermer
  • Taxi Casablanca (2008, 69 min), coréalisé avec Mary Fowles
  • La petite fille d’avant (2005, 15 min)

Casablancaise d’origine, décasée et incasable, j’ai beaucoup de mal depuis mon jeune âge à m’enfermer dans une boîte, une case, une identité, qu’elle soit visible ailleurs ou invisible ici.

Même me définir en tant qu’artiste, réalisatrice ou productrice peut m’étouffer, car je ressens souvent le désir d’explorer d’autres médiums, d’autres voies pour témoigner de toutes les diverses cités qui m’habitent et me traversent — pour ne pas mentionner le mot « diversité », qui me bloque.

Cela fait plus de 35 ans que je vis à Montréal, pourtant je ne me sens toujours pas y appartenir. Tout comme dans mon pays d’origine, le Maroc. Cette quête d’un « chez soi » et ce tiraillement perpétuel entre Ici et Ailleurs est ce qui nourrit mon inspiration et la plupart de mes projets artistiques et de vie. Cela a donné naissance à mon premier court métrage documentaire intitulé La petite fille d’avant, une sorte de lettre-vidéo à ma mère, que j’ai réalisé en 2003 et qui parle d’identité.

À l’époque, c’étaient probablement les événements du 11 septembre 2001 qui m’avaient touchée en tant que femme arabo-musulmane qui vit en Amérique du Nord et qui m’avaient inspirée à replonger dans mes propres racines. C’était une époque où j’étais aussi touchée de savoir que plusieurs personnes d’origine arabe se mettaient à renier leur identité, en voulant changer de nom, de couleur de cheveux, our trouver du boulot, se faire accepter, etc.

Aujourd’hui, 20 ans plus tard environ, ce sont mes propres filles, qui rejettent aujourd’hui ma culture d’origine, qui m’inspirent pour reprendre la suite de La petite fille d’avant avec une nouvelle lettre, qui sera adressée à ma fille et qui sera aussi probablement inachevée. Tout comme l’identité! En perpétuel devenir!

La petite fille d’avant VOIR LE FILM ICI !

  • Mot de passe : GIV_benchekroun

 

Être – et se rencontrer – 

C’est probablement ma quête « d’un chez soi » qui m’a amenée à me retrouver cette année dans trois programmes où la différence est célébrée et mise de l’avant et où l’on se sent naturellement appartenir!

Tous, des fenêtres sur le monde. Des bulles d’oxygène. Des courants d’air et de pensées. Le programme Prisme de Main Film, qui a joué une sorte de deuxième tremplin dans ma carrière, le Cercle de Coalition Média, qui oeuvre pour créer des alliances sud-sud, décoloniales, puis le programme Toolbox de Berlin, qui fait contrepoids au vertigineux Pavillon de l’EFM où les décideurs et les bailleurs de fonds dominent par leur blancheur homogène.

 

À ces bons décideurs, salut !

Brasser pour faire déborder puis faire sauter les cases.

À Berlin, à Paris, à Montréal ou ailleurs. Il faut brasser. C’est peut-être l’un des seuls remparts contre les extrémismes galopants, mais aussi contre l’uniformité et la standardisation des contenus.

Brasser non seulement pour respecter un quota de line-up et répondre à des diktats de chiffres. Brasser pour pouvoir continuer de créer et de diffuser des oeuvres libres, authentiques, incorruptibles, fortes et singulières aussi bien dans le contenu que dans la forme… des oeuvres qui puissent, au final, contribuer au patrimoine universel de notre humanité.

 

Et Marcelin, le Madelinot ?

Pour conclure, je ne peux m’empêcher de penser à Marcelin, que je viens de rencontrer hier, et à son histoire touchante racontée avec tendresse par sa petite fille. Marcelin est venu à Montréal depuis ses îles du vent dans les années 60. Et malgré sa merveilleuse voix radiophonique et son grand talent de conteur, il a dû travailler dans l’ombre toute sa vie, sans jamais pouvoir passer à l’antenne pour présenter les nouvelles — lui aussi, à cause de son accent !

Et quel dommage pour nous, les auditeurs !❞

Hind Benchekroun

#MAINARTIST

Notre organisme est un centre d’artistes engagé à soutenir sa communauté dans son ensemble, sans aucune distinction.

Au-delà des simples déclarations de solidarité contre le racisme suite aux événements de l’été 2020, mais également contre les actes racistes plus récents et ceux qui perdurent historiquement, il nous est apparu comme essentiel d’offrir une place à nos membres afin qu’ils·elles expriment leurs ressentis face aux discriminations qu’ils.elles vivent et qui pourraient être fondées sur la couleur de peau, les origines, l’orientation sexuelle, leur genre ou un handicap.

Nous les invitons donc à partager leurs réflexions face à ce drame sociétal que constitue toutes formes de rejet de l’autre.

Notre 42ème artiste à contribuer est Hind Benchekroun.

#MainArtist #ArtisteImportant

Car ce sont les artistes qui portent à la fois le rôle de représenter la société et de la faire évoluer.